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Vers l’hinterland éditorial

Internet est un territoire avec ses règles, ses normes, ses limites... ses ports aussi : Google, Apple, Amazon, Facebook.
Nous œuvrons, pour notre part, dans des arrières-pays, plus ou moins bien lôtis, plus ou moins bien connectés et nous déversons, volens nolens, toujours plus de contenus vers ces ports. Je ne m’étendrai pas davantage sur l’avenir et la prospérité de ces mastodontes, tour à tour hubs, embarcadères, débarcadères, gardes-frontières, banques, entrepôts de contenus.
Mais de même que pour les affaires portuaires, c’est la situation des arrières-pays, des territoires alimentant ces ports, de tous ces hinterlands qui devraient davantage attirer notre attention. Car pour que la mécanique spectaculaire des ports puisse opérer, encore faut-il qu’il y ait des marchandises ; or, pour que ces marchandises existent, il faut encore des hommes et des organisations pour les produire.

© Frank Adebiaye, février 2013 | fièrement propulsé par hinterland℠

Je prendrai l’exemple des livres, que l’on doit désormais conditionner en ePub, en AZW/mobi, sous forme d’application pour qu’ils puissent être ingérés par les Léviathans sus-nommés. Ne devrions-nous pas nous soucier davantage de ce que tout cela suppose en amont d’efforts, de conversion, d’organisation, de dispositions et de dispositifs pour que ces seigneurs rétiaires du Web n’aient plus qu’à se donner la peine infime d’afficher et de plaire ?

Il faut s’attarder bien davantage sur les conditions de production des contenus. Les équipementiers numériques (éditeurs de logiciels en tête) fournissent-ils vraiment le meilleur d’eux-mêmes (interopérabilité, documentation des formats, ergonomie) ? A-t-on vraiment tout dit du règne du numérique, de son visage véritable, de la calculabilité des données, de la prémédition des opérations qu’il suppose ?
Le Web nous chahute violemment car il nous jette en pleine mer avec des liens hypertextes pour tout cordage, des balises, mais sans phare ni cap auxquels nous arrimer.

Dans ces conditions, il faut plus que jamais retourner en nous-mêmes, non pour nous y réfugier mais pour nous y redéployer avec une adresse plus grande. Satisfaire les métamorphoses de la forme pour mieux les dépasser, rétablir une intimité plus précise avec notre fonds, mesurer plus finement encore la densité d’un texte, apprécier au plus juste la fécondité d’un corpus, qui ainsi pourra encore véritablement peser au-dedans d’une interface, mettant en appétit le lecteur, sans pour autant épuiser, à la première consultation, sa curiosité naissante. Tout en envisageant sereinement les fumeroles des vraquiers qui grondent un peu plus loin, nous nous demanderons alors non seulement si nous aurons bien décliné nos contenus sur tous les formats, tous les supports mais aussi et surtout si nous aurons bien noué toutes les conversations.